31.03.2007

Dossier violence. Réaction en chaîne

Vous êtes nombreux à avoir réagi à notre enquête sur la violence dans les stades. La réponse de la rédaction sportive du Télégramme, reproduite ci-dessous, a fait l’objet d’une pleine page  le 27 mars 2007  reprenant plusieurs extraits de courrier. (Télécharger la page Dossier_violence_20070327.2.pdf - 96,6 ko)

« L’enquête concernant la violence dans le football, publiée la semaine dernière dans nos colonnes, a beaucoup fait réagir, notamment la page concernant l’attitude des groupes de supporters (kops) dans les stades bretons. Notre démarche consistait à faire une description de ces kops. Sans parti pris. A un moment donné, sans choisir le match. Beaucoup de supporters qui font partie de ces groupes ont vivement réagi, s’estimant salis par certains écrits. Qu’ils sachent qu’il n’a jamais été question pour nous de les assimiler à des nazis, terme que nous ne nous serions jamais permis d’employer. Qu’ils sachent aussi que nous estimons qu’il n’est pas nécessaire d’employer des mots orduriers, insultants, pour animer une tribune, soit-elle de foot. Que nous nous félicitons des mesures que vient d’annoncer l’Union des clubs professionnels de football visant à « faire disparaître les banderoles injurieuses ainsi que les chants et slogans pouvant inciter à la haine et à la violence », et à éviter « toute forme de complaisance à l’égard des comportements violents, xénophobes et outrageants ». Tout ce qui rendra le football plus joyeux et plus convivial ne pourra que nous satisfaire et nous nous ferons un plaisir de relater toutes les initiatives, des kops ou autres, allant dans ce sens. Voici quelques extraits des courriers et courriels que nous avons reçus. » 


Ci-dessous le courrier envoyé à la rédaction par les Ultras Brestois et Celtic Ultras.

« Pas d’amalgames »
« Suite à votre article intitulé "Plongée au coeur des kops" paru dans votre édition du 20 mars 2007, nous, Ultras Brestois et Celtic Ultras, tenions à réagir. Nous dénonçons en effet les amalgames qui sont couramment faits pour décrire le monde des tribunes de football. (...) Dans une de vos précédentes éditions datée du 23 janvier 2005, vous affirmez dans vos colonnes que « les mains levées des ultras sont interprétées, à tort, comme des saluts nazis. » Dans cette même enquête, (...) vous repreniez les propos d’un policier qui affirmait : « A Brest […]il n’y a pas de politisation. ». Nos associations sont apolitiques et s’efforcent de combattre toute forme de prosélytisme. De ce fait, cet article va à l’encontre des valeurs que nous défendons. Nous sommes fiers du brassage social et générationnel qui existe au sein de la tribune, et les seules couleurs que nous défendons sont celles de notre club. Ce soutien inconditionnel peut passer par des chants provocateurs mais leur seul but est de déstabiliser l’adversaire. (...) Aujourd’hui, nous nous sentons salis…. »
  

14.02.2007

Drôle de métier

En exergue à la nécrologie de Michel Cournot, écrivain et critique de cinéma, de littérature et de théâtre, qui fut journaliste pendant quarante années au Monde, à côté donc de l’article principal, le Monde du 10 février dernier reproduit l’extrait d’une interview que Cournot avait donnée en 1986 à sa jeune consœur Brigitte Salino, dans laquelle il parlait d’écriture. Le texte est intitulé : " Journaliste, une activité très particulière ".

Je ne résiste pas à l’envie de le reproduire à mon tour, tant y sont dites simplement des choses importantes sur ce métier.

 

" J'ai toujours été fou des livres et de lecture. C'est même, très curieusement, la seule chose dont je garde la mémoire. J'oublie les gens, j'oublie les événements. Je n'oublie jamais un livre, sa couverture, sa couleur. Dans ma jeunesse, il y avait des livres qui étaient je ne peux pas dire dans l'actualité, mais dans la vie, comme Du côté de chez Swann, Les Faux-Monnayeurs, Voyage au bout de la nuit, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, et un peu plus tard La Nausée ou Miracle de la rose.

Face à des oeuvres pareilles, il était évident que je ne pouvais pas penser une seconde être du nombre de ceux qui les avaient écrites. Et cela ne m'intéressait pas du tout d'être d'un autre monde.

J'ai été journaliste, ce qui est quand même très spécial, parce que ce n'est pas de la littérature. Il faut écrire très vite, les articles sont coupés, ils sont pleins de fautes d'impression, c'est du papier journal, ça dure un jour. Ecrire dans les journaux, qu'est-ce que c'est ? c'est tout simplement faire que n'importe qui puisse lire. Il faut que le moment de lecture - parce que la lecture, c'est formidable, c'est une activité de l'esprit qui empêche de devenir complètement abruti - ne suscite pas une déception, une irritation, ou surtout - c'est le plus grave - un sentiment de tristesse lié à l'infériorité.

Toutes les lignes doivent être complètement accessibles à la personne qui lit, même un petit morceau de journal. Il faut transsubstantier un compte-rendu - car c'est toujours d'un compte-rendu qu'il s'agit, quoi qu'on écrive - en une lecture qui ne suscite aucun de ces désagréments, aucune de ces douleurs.

C'est donc une activité très particulière de l'écriture. Pour moi, c'est un travail, comme si j'étais garagiste ou chirurgien. Ce n'est pas le métier d'écrivain, mais plutôt l'équivalent d'une science appliquée. Comment un disque peut-il marcher ? Ceux qui les fabriquent ne sont pas des savants comme Descartes ou Einstein, mais ils ont une activité particulière. Le journalisme, c'est la même chose. Il faut le faire consciencieusement, parce qu'il faut aimer le travail, c'est la seule chose qui nous empêche de déprimer complètement.

On ne peut quand même pas penser qu'on a réussi sa vie, ce n'est pas possible, mais il m'arrive de voir des journalistes dont la lecture m'est plus sympathique, et parfois plus estimable, que celle de gens qui se croient écrivains, et qui ne sont pas Molière, Flaubert ou Rilke. "

22.01.2007

boomerang

 

 Monsieur l'Herrou, de Saint-Pol-de-Léon, nous a adressé une réaction intéressante à ce fait-divers, publié le 2 décembre dernier et intitulé "Sauvée par deux sans-abri".

" Je remarque que l'état de ces personnes, venues en aide à une personne agée est souligné dès le titre de l'article.
Pourquoi?
Les sans abris sont-ils différents du citoyen lambda du seul fait qu'ils n'aient pas de toit pour vivre? Cet article contribue à faire passer les S.D.F. pour des êtres seulement marginaux, dénués de sens civique, voire de morale. Auriez-vous titré de la même façon: "sauvée par deux locataires" ou par deux personnes ayant accèdées à la propriété? De plus ces personnnes auraient peut-être aimé une autre forme de reconnaissance que d'être regroupées sous cette généralité un rien dégradante de "sans-abri". J'espère que cet intitulé relève de la simple maladresse éditoriale".

Je me sens plutôt en phase avec cette réaction même si je lui reproche son côté "politiquement correct" et simplificateur.

C'est sûrement vrai qu'il faut éviter les mots qui attachent à une personne un qualificatif sans relation directe avec ses actes. Sans doute aurions-nous pu, en tout cas, nous abstenir d'en faire mention dans le titre. Il aurait alors fallu écrire "sauvée par deux hommes", voire même "sauvée par deux personnes", afin d'éviter toute interprétation quant aux sexe des sauveteurs. A mon tour d'exagérer un peu... Mais alors, cela devenait un très mauvais titre.

Ce reproche nous revient en fait comme un boomerang. Soyons francs. Les "sans-abri" (avant-guerre on aurait écrit "vagabonds" ou "cheminots" et sous l'ancien régime, il aurait été question de "gueux") ou les SDF, affreux raccourci hérité des mains-courantes de commissariats et aujourd'hui bien installé dans le langage courant, ont plus souvent le mauvais rôle que le bon dans les colonnes des journaux (bagarres, ivresse publique, petits larcins). Le bourgeois se représente mieux le clochard en train de cuver son vin que de jouer les Saint Bernard. C'est pourquoi, au moment de titrer cet article, il est apparu que la situation des deux sauveteurs était un complément important de l'information de nature, justement, à changer le regard généralement porté sur les marginaux.